Origine et histoire du Pinscher allemand
Du chien des tourbières au sauvetage de la race par Werner Jung : plus de 6 000 ans d'histoire, racontés simplement.
Avant-propos
Il y a 4 500 ans avant J.-C., on distinguait déjà cinq grands types de chiens : le type mastiff, le type greyhound (lévrier), le type pointer, le type berger et le type loup / spitz.
Vers 4 000 ans avant J.-C., les chiens de type loup / spitz se scindent en deux groupes : les spitz d'un côté, et le chien des tourbières de l'autre.
Du chien des tourbières au « ratier »
Le chien des tourbières a le museau moins pointu, le crâne plus large, davantage d'aptitudes à la chasse et de force dans la mâchoire. Il se répand largement en Europe, un peu en Asie. Il mesure 35 à 38 cm, de couleur noir et feu avec des marques blanches, le plus souvent à poil dur. De lui descendent les schnauzers, les pinschers et les terriers.
Le Pinscher est en réalité un schnauzer à poil court. Avant le XVe siècle, les pinschers qui naissaient dans les portées de schnauzers étaient presque systématiquement écartés, leur poil court ne permettant pas la chasse. C'est avec le développement des fermes qu'on leur trouve une utilité : chasseurs de vermine et gardiens. On les appelle alors « ratiers », surtout en Europe de l'Est où leur population explose.
La reconnaissance de la race (1880-1897)
Au XVIIe siècle, la race du schnauzer est établie et reconnue. Le Pinscher, lui, devra attendre le XIXe siècle pour abandonner son nom de ratier et son statut de bâtard. En 1836, le Dr Reichenbach décrit les pinschers comme des chiens costauds, de bonne nature, actifs et rusés. Le standard du Pinscher est établi en 1880, et la reconnaissance officielle de la race intervient en 1897. Le premier club de race est fondé en 1895 en Allemagne.
Les divisions de 1896
Dès 1896, le club de race répartit les pinschers en plusieurs races, une organisation encore d'actualité aujourd'hui :
- l'Affenpinscher ;
- le Pinscher miniature (nain) ;
- le Pinscher allemand ;
- le Schnauzer miniature ;
- le Schnauzer standard ;
- le Schnauzer géant.
Vers 1870, M. Dobermann avait croisé plusieurs Pinschers allemands avec des chiens de rue : il en résulta des chiens plus grands, rapides et agiles, sélectionnés pour la garde, que l'on nomma « Dobermann Pinscher ». M. Goller affina ensuite la race en lui donnant plus d'élégance ; son standard fut approuvé en 1900.
Menacé d'extinction
Après (et pendant) la Première Guerre mondiale, le Pinscher tombe un peu dans l'oubli. En 1923, le standard est affiné pour améliorer la pureté de la race : les pinschers nés de schnauzers ne sont plus admis que dans de rares cas. On élève alors peu de pinschers, mais de très belle qualité.
Richard Strebel encourage les éleveurs à se spécialiser dans les couleurs poivre et sel ; il juge la race trop concurrencée dans ses robes noir et feu, partagées avec de nombreux terriers et le Dobermann, alors en pleine popularité. Mais pour se conformer au standard, la couleur poivre et sel (héritée du schnauzer) est finalement écartée.
Dans les années 1940, on n'enregistre pas plus de 30 naissances par an. La Seconde Guerre mondiale précipite la race dans l'oubli, au point que l'on parle d'extinction.
Werner Jung, le sauveur de la race
Werner Jung reproche au club du schnauzer et du pinscher d'avoir négligé la race. Il décide de prendre lui-même en main sa sauvegarde, abandonnant trente ans de travail avec les schnauzers géants pour s'y consacrer. En 1957, il obtient une femelle Pinscher pure race, Kitti v. Bodestrand (45 cm, noir et feu). Un ami lui confie un charmant mâle roux âgé de 48 cm, puis il déniche une autre femelle, Jutta Jung, noir et feu, plus fine et élégante. Il lance deux lignées, l'une avec Kitti, l'autre avec Jutta et le mâle roux.
Malheureusement, le vieux mâle meurt au moment où Kitti entre en chaleurs, faisant perdre plusieurs années de travail. Werner Jung étudie alors tous les pedigrees disponibles et en conclut qu'il doit utiliser des mâles adéquats d'autres types de pinschers : avec une sélection rigoureuse, il pourrait reconstruire le type d'origine. Il retient trois Pinschers miniatures de grande qualité, dont deux de taille raisonnable (42 cm). Grâce à son travail, la descendance de ces cinq chiens (Kitti, Jutta et les trois mâles) peuple aujourd'hui l'Allemagne, la Scandinavie et bien d'autres pays d'Europe, d'Amérique, d'Afrique et d'Australie.
Et maintenant ?
Entre 1990 et 2005, certains sujets ont été croisés avec des Dobermans ou des schnauzers pour apporter un peu de sang neuf. La race est aujourd'hui pérenne, sous réserve que les effectifs ne rechutent pas. Dans les années 1980-1990, la France a légèrement dépassé l'Allemagne en nombre de naissances (plus de 100 par an), mais l'Allemagne reste le pays du Pinscher par excellence. Actuellement, il en naît environ 500 par an là-bas, contre moins de 50 en France.
SourcePrincipalement, pour la partie « Menacé d'extinction » et les photographies d'époque, l'ouvrage The German Pinscher de Gloria Cuthbert.
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